Naissance d’une œuvre
« L’artiste, comme le créateur, dit-on, a l’ambition et le pouvoir de créer un monde ; précisons : le sien. Dans le même temps, on peut dire que c’est le monde qui se recrée et ré-existe à travers lui. Fantasme ? Fiction ? Oui, en un sens… Mais que serait l’homme privé d’imagination et de mémoire, vidé d’Histoire et de réel, remplacé par les seules sensations ? Néant ou fin ? Qui dit origine, dit original ; spéculer sur le monde, ce n’est pas en produire une copie mais une œuvre une et unique. »

«  Ceci est un paysage dans son plus simple appareil… J’ai envie de dire dans son plus simple apparaître : une ligne d’horizon, un motif, la terre, le ciel. Il n’y a rien d’autre à voir ici que ce qui est montré, soit une forme simple et un calme inquiétant. Cette nature offensée (ce paysage mi-naturel, mi-industriel) est une vision du monde contemporain aidée de souvenirs d’enfance.  »


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Né à Paris en 1971, Guillaume Flageul a suivi un cursus d’arts plastiques à l’université de Paris VIII Vincennes entre 1990 et 1993, date à laquelle il obtient une licence et commence de peindre. (1)
De 1993 à 1994, il réalise essentiellement des natures-mortes. (2)
Il séjourne ensuite à Rennes pendant quatre années au cours desquelles il peint des natures mortes, ainsi que ses premiers nus.

Une des caractéristiques évidentes de ces premières peintures est qu’elles baignent dans un climat poétique des plus singuliers puisqu’il n’est pas dépourvu de sensibilité religieuse. Sujets solitaires et ascétiques, objets profanes en rapport direct avec la lumière et soumis à un recueillement « autistique », un phénomène d’intériorisation presque magique (3) en même temps que leur propos, leur esprit intime est tout entier traversé par une tension psychique forte, une énergie malicieuse ou proprement ironique (4).
Les sujets de cette période sont le plus souvent en rapport étroit avec des éléments iconographiques rattachés à l’univers de la piété chrétienne (Christ, composition sous forme d’installation-autels). On trouve déjà des motifs de prédilection comme les plantes en pot (cactus, palmier, misère), les fleurs synthétiques, les poupées. Ces motifs interviennent régulièrement dans l’œuvre en servant le goût du peintre pour des mises en scène silencieuses ou mutiques tant l’attente et le temps semblent se rencontrer et se combiner, ici, selon les modalités d’un rituel profond et mystérieux, extatique.

A cela s’ajoute un penchant jamais démenti par la suite, et cela même si les peinture vont se « remplir » d’éléments, pour les compositions sobres, dépouillées de tout caractère superflu (anecdotique ou grandiloquent) dans lesquelles le motif occupe de manière constante la place éminente et centrale.

Durant cette période, il réalise également des natures-mortes-paysages de taille réduite : il se situe alors ouvertement dans une approche mentale des apparences et non pas dans un réalisme strict. Son intérêt pour l’objet et le sujet végétal s’accompagne d’une recherche portant sur le traitement de l’espace, lequel apparaît comme un sujet à part entière. Aux espaces monochromes et englobants du début qui constituent un espace indifféremment solide et liquide, amalgame précis de ciel gazeux et de terre ferme, font peu à peu écho des espaces à la stabilité moins équivoque et incertaine.

Il réside à Marseille depuis 1997. Il y peint ses premiers grands paysages avec ou sans figures. Son travail pictural réunit en permanence deux préoccupations majeures : l’érotisme et le penchant naturaliste, l’obsession d’une science de la nature qui soit à la fois précise et sensuelle. On peut aisément remarquer combien dans cette peinture le paysage est fortement érotique (cérébral et constitué d’énergie), de même que le corps fait état d’une célébration quasi mystique de la nature (apologie des sens et religion de l’amour). Renouant avec le sujet de la nature et dans une certaine mesure l’allégorie, la peinture de Guillaume Flageul fait revivre un des soubassements de l’art classique, l’ut pictura poesis, sans pour autant se détacher d’une modernité totalement assumée.

« Une jeune femme nue entre dans une eau verte : ses pieds uniquement sont immergés, le pubis est imberbe. On note qu’elle esquisse un geste furtif de frilosité. Autour d’elle en arrière-plan, un paysage ainsi qu’un arbre que l’on pourrait qualifier de phallique. Une phrase d’Ovide s’applique à merveille à l’ensemble : La déesse avait coutume d’y venir baigner d’eau limpide son corps virginal. »

Notes

(1) Il se trouve alors aux antipodes de ce qui sera la marque de sa future syntaxe picturale : la matière lisse et douce, l’application minutieuse et sensuelle. Il peint avec une pate acrylique tout en épaisseur et faite d’une myriade de couleurs dures presque acides, appliquées pour la violence de leurs rapports. On pourrait parler d’une période fauve dans le style d’Asger Jorn, d’influences nordiques à la serpe rugueuse, mais autant parler d’une époque des gorilles à la bite bleue.
(2) Il s’intéresse alors, et de très près, à l’œuvre sérielle d’un Morandi.
(3) Voir les bougies et les lampes qui à cette époque semblent douées d’une vie propre (génie d’Aladin dans le cuivre de la lampe) ou brûler d’une ferveur calme et intense.
(4) Notamment dans les éléments triviaux et/ou d’hygiène domestique comme les robinets, le porte-savon.